Un peu d'histoire

Anché

D’après les historiens Anché a été une des premières vigueries du Poitou et le nom du lieu est mentionné dès 838, sous le nom d’Anciacus. La viguerie, du latin vicarius, était un territoire sous l’autorité d’un viguier, c’est-à-dire un surveillant quipouvait être un magistrat ou un supérieur religieux. Il existe d’autres lieux du même nom, comme Anché (37). Près du village de Sainte-Colombe (89), dans le vallon des Rus-d'Ancy aurait existé, durant le haut Moyen Âge, une ville nommée Anciacus. Par ailleurs à Billy-sur-Oisy (58), canton de Clamecy, Oisy s'appelait en latin Anciacus. Anse est une forme légèrement modifiée d'Ansi et cela désignerait éventuellement une anse du Clain. L'origine du nom est controversée. Une définition probable est la suivante : désigné dans les titres latins sous les noms suivant : OSEIUM, OZIACUM, OSIACUM, on explique l’étymologie d’Oisy ainsi : côte élevée (du celtique : oh, hooy (élevé, haut) et de syds (côte, côteau, colline). Cela aussi pourrait convenir à notre Anché et surtout au camp gaulois de Sichard qui existait avant l’arrivée des Romains.

Un fanum ou temple romain a été découvert à Anché en 2000, devant Les Plantes. On y a trouvé deux sarcophages datant du 4e  siècle qui contiendraient les restes de deux femmes, ou d’une femme et d’un adolescent, et ces monuments sont conservés à l’église Saint-Martin d’Anché; une troisième tombe en bois contenant un homme aurait été enterré plus tardivement. Les morts des sarcophages en pierre ont été inhumés avec un certain faste, dans des cercueils en plomb à l’intérieur du sarcophage, et à une certaine distance des sépultures des autres membres de la communauté. Sur le plus grand sarcophage sont incisées les lettres  grecques "chi rhô" qui sont le sigle du Christ roi, c'est-à-dire l'un des deux sarcophages contiendrait une chrétienne ce qui confirme une présence chrétienne à l'époque de St Martin. Utilisé par les chrétiens le « Chi Rho » est formé par la surimposition des deux premières lettres du mot grec pour « Christ » Χριστός, X = « Chi » et P  = « Rhô », ce qui donne le monogramme . Le camp de Sichard, un lieu fortifié gaulois à proximité, était habité avant l’arrivée des Romains ; Anché, lieu gallo-romain, a été christianisé de très bonne heure comme l’indique le passage de la voie romaine aux Plantes. Le fanum, dont la date précise est encore incertaine, correspond sans doute aux vestiges d’un temple (gallo-) romain restauré pourtant au 4e siècle au plus tard ; la villa romaine ou le domaine foncier, a été fouillée en 1843 au même endroit où se trouvait également un atelier de forgeron datant du 2e siècle. Cette découverte souligne, et on en trouve aussi ailleurs, la dimension féminine des sépultures où une femme inconnue est accompagnée d’un enfant également inconnu. La présence du monogramme du Christ sur un des sarcophages rend cependant tout à fait exceptionnelle la découverte faite aux Plantes et fait d'Anché un élément incontournable, voire original par son aspect tangible, de la christianisation des localités poitevines rurales à l’époque de l’Antiquité. De plus l’association du chrisme à une pratique de sépulture antique est tout à fait originale. L'analyse au carbon 14 a permis de dater les restes d'étoffe, d'origine moyen-orientale d'ailleurs, trouvés dans un des sarcophages entre 300 et 350 AD, c'est-à-dire avant l'arrivée de saint Martin dans la région, ce qui ferait d'Anché un des premiers lieux de christianisation en France.


Le fief d’Anché, la paroisse et le village ont pris le nom d’Anciacus au début du Moyen-âge, ce qui a donné son nom à la famille propriétaire du lieu, les d’Anché, une « noble et ancienne famille du Poitou qui semble avoir pris son nom de la terre d’ANCHÉ, aujourd’hui commune du canton de Couhé (Vienne) », et qui ont possédé le lieu de 1100 à 1700. On peut admirer leurs armoiries, « d’argent au lion de sable, couronné, armé et lampassé de gueules » à : http://pagesperso-orange.fr/jm.ouvrard/armor/fami/a/anche.htm.


Trois au moins d’entre eux sont célèbres : Robert d’Anché (12e siècle) qui émigra en Angleterre et en Irlande avec les Anglo-normands. Guillaume d’Anché qui vivait en 1479, était le frère du poète Pierre d’Anché, poète connu à son époque, fin 15e début 16e siècles, et dont les œuvres figurent toujours dans certaines anthologies de poésie française. « Les descendants de Guillaume se sont divisés en plusieurs branches » dont les seigneurs du Puy d’Anché, de Bourleuf, des Renardières et de Bessé entre autres. Claude (du Bellay du Plessis) d’Anché, protestant dut fuir la France en 1682 et devint un personnage important en Prusse.

Les d’Anché et les Anchéens célèbres

Robert d’Anché
En 1100 un certain Robert d’Anché était fixé dans le sud-ouest de l’Angleterre ; la « famille poitevine (…) était originaire du village d’Anché près de Couhé en Poitou » (Martim de Albuquerque, Notes and Queries, Oxford, 1891, p. 509). Le nom aurait survécu sous des formes viciées en Angleterre (Ank, Ankey), dans le sud est et le sud ouest. Sachant que les anglo-normands sont arrivés en Irlande en 1169 il n’est pas étonnant qu’on trouve encore de nos jours des familles irlandaises dont le patronyme est
« Hankey », autre forme d’Anché.


Pierre d’Anché
Pierre d’Anché, qui a vécu à la fin du 15e et au début du 16e siècles, était « seigneur de la Brosse, écuyer du Roi et commissaire aux revues dans les années 1489, 1491 et 1497. » Il est l’auteur de nombreux poèmes dont trois sont imprimés à Poitiers vers 1535 et à Paris par les Marnef ainsi que d’autres pièces qui figurent dans des recueils collectifs et son nom apparaît dans des livres dès 1502. On compte La Bonne ballade; le rondeau, Gardez-vous bien de ce fauveau qui a été mis en musique par Alexander Agricola (1445-1506), compositeur franco-flamand très connu en Europe autour de 1500 et qui a été le collègue de Josquin des Prés à Milan; L’Epytaphe du bon cappitainne Sallezart (cité dans Bibliothèque de l’Ecole des chartes, Droz, 1925); Pour blasonner un cheval proprement; Le Blason des bons vins de France (cité dans le Bulletin de l’association Guillaume Budé, 1955); Le Blason de la belle fille « Une dame d’excellente beaulté », poème érotique typique de l’époque, qui est parfois attribué à tort à François Villon et qui figure dans l’Anthologie de poésie érotique. Claude Pichois, le célèbre comparatiste, écrivit de l’auteur dans son Moyen Age, (Artaud, 1971), que Pierre d’Anché « sait mieux faire le blason d’un cheval ou d’un vin de France que celui d’une belle fille ». Pierre d’Anché, contemporain de Charles d’Orléans, à qui certains de ses poèmes ont été également attribués à tort, s’est marié deux fois, avec Ysabeau de Pardaillan et puis avec Guyonne de Chabannais Comporté qui décéda le 25 juin 1520. Le poète contemporain, André de la Vigne a rendu un hommage en acrostiche à Pierre d’Anché dans une Ballade intitulée : Parfaict esprit en l’art de rhetorique. La commune avait donc son écrivain au 15e siècle La partition musicale ainsi que l’enregistrement du blason de Pierre d’Anché, Gardez-vous bien de ce fauveau, du chant polyphonique du 15e s., sont conservés en mairie. Pierre d’Anché fréquentait la cour de Charles d’Orléans à Blois ainsi que celle du duc Jean II de Bourbon à Moulins dans l’Allier.


Claude du Bellay d’Anché
Claude Bellay d’Anché, protestant de son état, a dû fuir le pays en 1682 avant la révocation de l’Édit de Nantes; « seigneur d'Anché », et frère de Théodore du Bellay, seigneur de Montbrelais (près de Ceaux), qu’on considérait également comme un réfugié de marque et que cite Ferdinand Brunot dans son livre, Histoire de la langue française des origines à 1900, A. Colin, 1917. On peut lire leur histoire dans le livre de Charles Weiss, Histoire des réfugiés protestants de France, (1853). Dans le Bulletin historique et littéraire de la Société de l’histoire du protestantisme français (1902) on cite les diverses personnes ayant profité de permissions afin de quitter la France au 17e siècle avec
un passeport du roi de France:
« Enfin, parmi ces permissions, j'en mets deux à part, qui
méritent d'être citées, l'une parce qu'elle concerne un des
réfugiés qui jouèrent un rôle actif dans la colonie berlinoise,
l'autre à cause des détails très précis qu'elle contient. La pre-
mière est en faveur de Claude du Bellay, seigneur d'Anché,
et frère de Théodore du Bellay, seigneur de Montbrelais, un
réfugié de marque; elle porte la date du 3 octobre 1682 :
« Aujourd'huy 3 octobre 1682, le Roy estant à Chambord, ayant
esgard à la très humble suplication qui luy a esté faite par le
S' de Spanheim envoyé extraordinaire de M"" l'El' de Brs,
Sa Majesté a permis et permet au S"^ Danché,
gentilhomme de la province de Poictou,
de sortir du royaume pour aller au service de Son
Altesse Electorale en qualité de gouverneur d'un de ses fils,
nonobstant la déclaration de 1669 et toutes autres ordonnances à ce contraires.
La pièce est suivie d'un passeport de même date, qui per-
met à D'Anché « de mener avec luy sa femme, une fille de
chambre, un cocher et deux lacquais- ».


Divers livres d’histoire sur les Huguenots réfugiés à l’étranger, mais surtout les 14 volumes manuscrits du pasteur Jean Rivierre, Livre d’or des Protestants du Poitou persécutés pour la foi, dont l’original est conservé aux Archives départementales de la Vienne à Poitiers, racontent que Claude du Bellay d’Anché fut nommé chambellan de Frédéric-Guillaume, Electeur du Brandebourg tout en étant chargé, tout comme le comte de Beauveau, de porter des soins aux réfugiés protestants du Poitou et de l’Anjou. Il a été nommé également précepteur des trois margraves, c’est-à-dire les enfants de l’Électeur : Albert Frédéric, Charles Philippe et Chrétien Louis.

Né à Thouars en 1627, gentilhomme du duc de la Trémoille, Claude du Bellay du Plessis d’Anché tenait son titre du lieu-dit « Le Plessis » que sa mère, Jeanne Herbert de Bellefonds, apporta en dot à Zacharie du Bellay en 1613 ou 1614. Les du Bellay, « grande famille de noblesse hugenote sortie du Puy d’Anché (Limalonges), établie autour de Thouars et Parthenay, émigrée presque tout entière en Prusse. Une demoiselle de Puy d’Anché est reçue religieuse à l’U.C. de Poitiers le 24.2.1725. » (J. Riverre) Henri du Bellay reçoit « en partage sur la succession de son père la terre du Plessis d’Anché, près de Couhé. Il s’éloigna alors de Thouars, devint membre de l’église domestique des Couhé-Vérac. » (Correspondance de Zacharie du Bellay, sieur du Plessis. (1772-1644), J-L Tulot). Claude, émigré à Berlin avec son épouse, « une fille de chambre, un cocher, et deux laquais », y mourut en 1694 sans avoir laissé d’enfants de son mariage avec Marie de Rogier ; mais son frère Théodore, devenu conseiller d’ambassade de l’Électeur, lui a survécu (+ 1711) ; leur sœur Charlotte du Bellay (+ en 1712 à Berlin à l’âge de 80 ans) était la veuve de Fouquet, seigneur de Bournezeau, une famille poitevine qui avait épousé le protestantisme dès 1562. Plus tard un certain Matthieu d’Anché, qui avait vécu longtemps à Genève, a été refusé comme professeur de théologie à Lyon.
D’autres habitants du lieu-dit Le Plessis d’Anché étaient « Cezart Chasteignier », seigneur du Rouvre et sieur du Plesi d’Anché (+1617) qui avait épousé Renée, dame du Plessis d’Anché le 13 septembre 1581 (http://pagesperso-orange.fr/jm.ouvrard/armor/fami/l/greze.htm). Leurs successeurs étaient « Chastaignier sieur du Plesi» dont l’épouse Radegonde (+1703) est également enterrée sous la dalle funéraire sculptée de l’église d’Anché.

Antoine Danchet
Antoine Danchet (1671-1748) est né à Riom dans l’Allier, à quelques dizaines de kilomètres de Moulins où Pierre d’Anché fréquentait la cour du duc Jean II de Bourbon au siècle précédent. Auteur d’opéras et de tragédies il fut très apprécié à Paris où il mourut « membre de l’Académie française, associé de l’Académie des inscriptions et titulaire d’une place à la Bibliothèque du roi ». La liste de ses œuvres comporte une trentaine de titres, il a travaillé sur des ballets de Lully et une dizaine d’études ont été consacrées à son œuvre entre les 18e et 20e siècles. L’orthographe de son nom indique que sa famille était d’origine anchéenne.



Antoine René Hyacinthe Thibaudeau
et 
Antoine-Clair Thibaudeau

Antoine René Hyacinthe Thibaudeau (1739-1813), « Thibaudeau, porte-parole de Poitiers », lui-même fils d'Antoine Thibaudeau, procureur et greffier de police, a été élu député du Tiers-État aux États-Généraux en 1789, député de Poitiers aux États généraux de 1799, député de la Vienne au Corps législatif de 1802, président du tribunal criminel de la Vienne ; il est l'un des fondateurs du département de la Vienne bien qu’il se fût opposé au découpage de la vieille province du Poitou en départements - « comme si c’était un jardin à partager ». Magistrat, célèbre pour son zèle, sa modestie et son érudition il publia Histoire du Poitou, en six volumes savants.


Son fils Antoine-Clair Thibaudeau (1765-1854), « Thibaudeau le fils », est élu a la Convention nationale (1792) et vote la mort de Louis XVI. Élu député il survit à la Terreur avant d’être condamné à la déportation, mais il parvient à se cacher ; il se soumet à Napoléon Bonaparte (1799) et devient préfet avant d’être exilé comme régicide sous Louis XVIII ; il vit en Autriche, revient en France après la chute de Charles X et devient sénateur (1852) sous Napoléon III. Quand il meurt en 1854 il est compté parmi « l’intellectualité poitevine » tout en étant le dernier survivant de la Convention ! Le destin de celui qu’on appelait « le dernier des régicides » n’avait rien à envier aux agents secrets et autres aventuriers de nos jours !


Les d’Anché aujourd’hui en France
On trouve de nos jours et surtout dans le 86, 79, 16, 17, 33 et 44 ainsi qu’en Île-de-France (75, 78, 93, 94, 95) plusieurs variations du nom : DANCHET, ANCHET, DANCHE, DANCHÉ, ANCHER, ANQUET, HANCHÉ, ANKE, HANKEY, HANQUET, HANQUER, HANQUÉ, HANCKÉ.
Les HANKE, HENCHE, HENCHES, HANCKE, HENQUET, DANECH, DANKE, ENSCH, HEMCHE sont issus du même nom.

Et souvenons-nous des « cousins » d’Angleterre et d’Irlande : les ANK, ANKEY, HANKEY qu’on trouve toujours dans le sud de l’Angleterre et dans la région de Dublin.                                                                                                                                                                                                                                       [PG]